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Rencontre avec Amélie Lombard

        -1- Présente-toi en quelques mots
Amélie Lombard, photographe et artiste

       -2- Quel est ton parcours
?
La photo, c'est pour moi une passion, j'ai été contaminée assez jeune par mon père. Dés l'âge de 12 ans, j'avais un appareil à la main et c'est très vite que j'ai eu envie d'en faire mon métier.
J'ai alors suivi une école de photo à Paris et une fois diplômée, j'ai travaillé plusieurs années comme assistante pour un photographe de nature morte. C'est là que j'ai eu un coup de cœur pour le travail en studio. En effet, l'objet, la nature morte sont des terrains où l'expérimentation est illimitée, ils permettent de créer des univers, des histoires. Tout ceci est venu s'allier à une passion pour la cuisine. C'est donc finalement assez naturellement que je suis venue à la photographie culinaire.

       -3- Raconte-nous tes débuts dans la photographie culinaire

Au début, j'ai surtout photographié les plats que je réalisais puis je me suis éloignée du plat et de la notion de recette. J'avais besoin de raconter des histoires et envie d'utiliser les aliments comme matières premières et sujets de mes photos. C'est d'ailleurs cette approche qui me permet de me démarquer dans l'univers de la photographie culinaire. Ce n'est pas évident de sortir des sentiers battus et de proposer une vision nouvelle et différente.
La photographie culinaire est une discipline très traditionnelle en France ; l'abstraction et les jeux autour de la nourriture comme matériel, comme matière, ne sont pas toujours très bien vus. J'ai donc beaucoup travaillé pour m'imposer et j'ai beaucoup expliqué mon travail.


Amélie Lombard
Amélie Lombard, portraitAmélie Lombard, portrait

 

Amélie Lombard
Amélie Lombard, Vinaigrette abstraiteAmélie Lombard, Vinaigrette abstraite

       -4- Comment as-tu fait ta place dans le milieu de la photographie culinaire ?
L'élément déclencheur pour moi a été un prix de photo. En 2010, j'ai remporté le Grand Prix du Festival International de la Photographie Culinaire de Tarragone en Espagne pour ma série Vinaigrettes abstraites. Ce prix m'a permis de démontrer que l'on peut élever la photographie culinaire au rang d'art et que l'on peut y être créatif. La photographie culinaire ne doit pas se limiter à illustrer une recette !
A partir de là, tout s'est accéléré, ce prix a vraiment eu un impact étonnant sur mon travail. Beaucoup de revues, de journaux se sont d'un coup intéressés à moi, donnant un succès médiatique à ce prix. Les commandes et expositions se sont alors enchaînées.

     -5- Quelle est donc la vie d'Amélie Lombard aujourd'hui ?
Ce qui a changé depuis ce prix est surtout flagrant dans les travaux de commandes que l'on me fait. On me demande vraiment "du Amélie Lombard" et non plus une simple photographie d'illustration.
Autrement, il n'y a pas de grandes révolutions, j'ai toujours autant envie de me lancer dans de nouvelles histoires, de nouvelles séries et de me lancer des défis.

 

 

Amélie Lombard
Amélie Lombard, Ficeler, Abc des Crustacés, 2009Amélie Lombard, Ficeler, Abc des Crustacés, 2009

 

       -6-Parle-nous un peu de la série L'ABC des crustacés
Depuis longtemps, j'avais envie de travailler sur les mots, les termes de la cuisine, qui sont souvent obscurs, difficiles. J'avais envie d'imaginer comment on peut les interpréter, les imaginer, en les prenant au pied de la lettre. J'ai donc décidé de choisir des termes culinaires et de les interpréter à ma manière. J'ai ainsi créé tout un monde, un univers autour de ces mots.
J'ai utilisé des crustacés car on a peu l'habitude de les observer de près, ce sont pourtant de petites créatures très intrigantes, passionnantes. On dirait des animaux de science fiction avec leurs yeux, carapaces, antennes et pattes. Ces animaux bizarres m'on inspiré et donné envie de les mettre en scène.
C'est ainsi qu'est naît l'ABC des crustacés. J'ai travaillé tout le temps en collaboration avec un poissonnier. Ce fut d'ailleurs une rencontre riche et surprenante, car il était vraiment passionné par son métier. C'est lui qui m'a appris à regarder, à observer ces petites bêtes. Il me trouvait pour chaque idée LA star de ma photo.
J'ai ensuite réalisé d'autres séries comme Vinaigrette abstraite (une série sur deux liquides qui se tournent autour mais ne se mélangent jamais : l'huile et le vinaigre) ou encore Aphrodisiaque, Pas à pas (une série rétro / pop chic)

Toutes ces séries représentent des facettes de ma personnalité. Ce qui les lie, c'est l'envie de raconter une histoire, de créer un univers. Elles naissent d'un besoin, d'une rencontre avec une personne, une œuvre, des émotions, des étonnements, des observations... Tout ceci se rencontre à un carrefour à un moment donné pour aboutir à une série.
Je pars souvent d'un titre, comme le leitmotiv d'une histoire. Je ne finis une série que lorsque j'ai l'impression d'être arrivée au bout de quelque chose, ou parfois, au contraire, j'ai besoin de prendre du recul.

Amélie Lombard
Amélie Lombard, AphrodisiaqueAmélie Lombard, Aphrodisiaque

Pas à pas
Amélie Lombard, Pas à pasAmélie Lombard, Pas à pas

 

       -7-Quels sont tes projets aujourd'hui ?
Je travail sur une nouvelle série : le noir en cuisine. Cette couleur m'intéresse : elle a longtemps été considérée dans la cuisine comme un symbole de danger, de poison, mais c'est également une couleur associée à l'apparat et aux mets les plus rares ! Une couleur prometteuse... !
Je travaille également sur la notion de répétition de motifs ou de formes géométriques. Je répète les aliments à l'infini comme pour des motifs de nappes ou de papiers peints. Cette répétition a un côté obsessionnel. Ce travail est né d'une commande d'un magazine belge intitulée C'est fou. Je me suis alors lancée dans la réalisation de brochettes psychédéliques !

J'ai encore plein de choses à explorer. J'ai eu la chance de trouver rapidement un domaine d'expression où je m'épanouie et où j'ai réussi à me distinguer.